Adieu Jean
En marchant un matin
Le long de la rivière
J’ai revu mes copains
Ils allaient vifs et fiers
Mes amis les canards
Jouant comme des fous
En battant des panards
Recherchant comme on joue
Dans l’eau froide et boueuse
Quelque chose de bon
Dans l’onde tortueuse
Et puis comme sur un ordre
Ils se sont envolés
Un peu dans le désordre
En rangs désordonnés
Vers leur vieil ami Jean
Qui tous les jours sans faille
Est là au même moment
Les deux pieds dans la paille
Qu’il a déposé là
Comme pour leur faire un nid
Il ne raterait pas
Sur le coup de midi
De leur lancer du pain
C’est tout ce qui lui reste
Tous les jours je le vois
Faire sa bonne action
Accrochant ses vieux doigts
Aux barres de protection
Se penchant en avant
Comme pour leur parler
Ou bien en sifflotant
Juste pour les appeler
Je ne suis même pas sûre
Qu’il ne se prive pas
Dans une certaine mesure
Car pour lui ces bêtes là
C’est tout ce qui lui reste
Dans sa pauvre mémoire
Où plus rien ne proteste
Ses immenses yeux noirs
Ne s’éclairent plus souvent
Le pauvre homme n’est plus
Que la risée des gens
Puis un jour il a plu
Je n’ai pas revu Jean
Les canards attendaient
Ils l’attendront longtemps
Une affiche qui tremblait
Doucement dans le vent
Accrochée à sa porte
Disait sans sentiments
C’est la mort qui l’emporte
Quand je passerai par là
Reviendra dans ma tête
L’image sans falbalas
De l’homme et de ses bêtes
Seuls rayons de soleil
D’une pauvre vie sans fêtes
Bernadette
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Il y a des gens à qui on ne demande aucun service on voit trop à quel point ça les fait souffrir